Elisabeth Strout - Je m'appelle Lucy Barton

Hospitalisée à la suite d'une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère, avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l'Illinois - la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et finalement son départ pour New York, qui l'a définitivement isolée des siens.

Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses deux filles, et ses débuts de romancière de New York des années 1980.

Une vie entière se déploie à travers son récit lucide et pétri d'humanité, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille, faite d'incompréhension, d’incommunicabilité, mais aussi d'une entente profonde.

 

Mon avis: 

 

Avant de vous livrer mon ressenti sur cette lecture qui sort des sentiers battus, je tiens à remercier les Editions Fayard pour leur confiance. 

 

Ce roman m'a interpellée en raison d'un titre très simple. Trop simple peut-être, mais en total accord avec le texte dont on comprend la portée sur la fin. 

 

Le pitch est simple: hospitalisée, Lucy reçoit la visite de sa mère qu'elle n'a pas revu depuis des années, et au travers de cette rencontre, nous livre des bribes de souvenirs qui ont plus ou moins d’importance pour elle. 

 

Comme je le précise précédemment, ce roman sort un peu des sentiers battus, du moins des registres que j'ai l'habitude de lire. Une fois refermé, et avec un peu de recul, j'ai le sentiment qu'il s'agit d'une sorte de confession, comme sur un lit de mort. A ce propos, pendant un moment, à la lecture des échanges entre Lucy et sa mère, j'en suis venue à me dire que sa mère n'était que le fruit de son imagination car décédée. Mais revenons à ce que je disais. Ce livre m'a donné l'impression d'être une confession dans les derniers instants de la vie de Lucy. Elle mentionne des regrets, des remords, des évènements qui l'ont marquée. A cela s'ajoute l'impression de désorganisation dans les chapitres: l'auteure saute d'un sujet à l'autre et revient au premier quelques pages plus loin, pour le traiter en trois lignes puis faire une nouvelle impasse pendant dix pages pour mieux en reparler après. Vous me suivez ? En soi, rien de tordu, on ne se perd pas puisque pas de réelle histoire, mais des sauts dans la narration qui devrait suivre un fil mais qui n'en suit pas, ou alors elle suit le fil de la pensée et celui-ci est souvent plus désordonnée que le fil littéraire d'un roman. Voilà, ça me donne l'impression que Lucy a couché sur papier les faits tels qu'ils passaient dans son esprit. 

 

"Les livres m'apportaient quelque chose. C'est ça que je voulais dire. Grâce à eux, je me sentais moins seule."

 

Oscillant entre amour et frustration, Lucy doit cohabiter avec sa mère pendant cinq jours et taire quelques interrogations. L'auteure possède une jolie plume, à la fois fluide et incisive, adaptée au registre. On lit rapidement et aisément ce court roman. On le lit vite car on veut savoir où il va nous mener. Pas de rebondissements ni de coups d'éclat, une simple femme qui confie cinq jours de sa vie. 

 

Un huis-clos qui dresse le portrait de deux femmes à priori opposées mais finalement très semblables. D'un côté nous avons la mère de Lucy, fière de ses racines et de ses origines, qui reste debout malgré la misère et se bat pour vivre; d'un autre, Lucy, qui, consciente que des études peuvent la sortir de cette misère, va se battre pour réussir, quitte à froisser sa famille. 

 

Je l'avoue, à deux ou trois reprises, je me suis demandée où voulait en venir Elisabeth Strout avec ce roman ? Je pense qu'au travers de son personnage, elle a désiré mettre l'accent sur la solitude qui peut entourer une personne et ce même si elle vit dans une grande ville. Elle a aussi mis en avant l'amour sous toutes ses formes, les sacrifices, le désir de devenir quelqu'un, le désamour, l'incompréhension. A mes yeux, Lucy avait besoin de cette hospitalisation pour revoir sa mère, faire le deuil peut-être d'une enfance pas très heureuse, des choses qu'on ne nomme pas, la pauvreté, pour mieux rebondir. Et finalement, si ce roman se révèle être un peu une quête d'identité, le titre prend sens quand on comprend que Lucy Barton est Lucy Barton et non pas le produit des désirs des uns et des autres. 

 

Note: 15/20

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