Albert Camus - L'étranger

"Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s'est ouverte, c'est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j'ai eue lorsque j'ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n'ai pas regardé du côté de Marie. Je n'en ai pas eu le temps parce que le président m'a dit dans une forme bizarre que j'aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français..."

 

Mon avis: 

 

Voilà un classique de la littérature. Je vous l'avoue, il s'agit d'une relecture, la première datant de près de quinze ans. Qu'importe, je me souviens avoir beaucoup aimé, j'ai donc pris plaisir à le lire à nouveau, voire de le redécouvrir. 

 

Ce roman est particulier car il entre dans la catégorie de l'absurde. On sourit, on hausse les sourcils, on hallucine même sur le comportement du héros, malgré cela, on tourne les pages en quête d'une fin heureuse. 

 

Le roman est découpé en deux parties bien distinctes. Dans la première, nous faisons la connaissance de Meursault qui doit assister à l'enterrement de sa mère. Ce qui surprend c'est le détachement dont fait preuve notre héros face au cercueil de sa mère. Il ne pleure pas, il n'est pas effondré, il reste de marbre. Son détachement n'est que le reflet de sa réalité: pourquoi pleurer si on n'est pas triste ? Un jour, alors qu'il se promène avec deux amis sur une plage, une bagarre éclate entre eux trois et deux arabes (dont l'un est une vague connaissance). Si cela avait été parfait, une bagarre et on n'en parle plus, mais plus tard, Meursault, toujours sur la plage, croise à nouveau l'un des deux arabes et sans raison apparente, prend le revolver dans sa poche et lui tire dessus. Une balle suffit pour le tuer, mais Meursault en ajoute quatre. Commence alors la seconde partie du roman qui nous raconte l'incarcération et le procès du héros. Là encore, son détachement face à son meurtre choque et interpelle. 

 

Le roman est qualifié d'absurde et l'absurde mène souvent au drame. Ici, on ne comprend pas pourquoi Meursault agit ainsi. Soit, ne pas pleurer à un enterrement n'a rien de choquant, mais le détachement physique, la tenue, tout dans son attitude montre qu'il n'est même pas présent mentalement, seul son corps est là. Son meurtre et lui aussi un puits de questions sans réponses puisque lui même argumente "bêtement" pour se défendre. 

 

Au fil des pages, Meursault semble détaché de tout, ne pas être intégré où que ce soit. C'est certainement en cela qu'il est un étranger. Etranger au monde qui l'entoure, étranger au sein de la société dans laquelle il évolue, étranger à lui-même parfois. Il ne veut pas faire semblant d'être triste, il se met en marge d'une société qui mise beaucoup sur le paraître. Il dit les choses comme il les pense, quitte à choquer (par exemple, on lui demande de dire qu'il regrette son crime, lui il répond qu'il est davantage dans l'ennui que dans le regret). Il ne met pas de filtre finalement. 

 

Ce qui est séduisant avec ce roman c'est que, écrit en 1942, en plein cœur de la Seconde Guerre Mondiale, il est intemporel. On peut le lire aujourd’hui comme on le lira dans cinquante ans, on s'y retrouvera encore car on aime ce personnage décalé qui ose mettre à mal les quant dira-t-on, les règles de bienséances et les apparences. 

 

Un beau roman que je vous conseille. (roman lu dans le cadre du challenge mystère.)

 

Note: 18/20

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Commentaires: 1
  • #1

    roxou06 (vendredi, 09 novembre 2018 10:58)

    je l'ai lu pour la première fois en septembre et je n'ai pas du tout accroché :( cela a même été douloureux comme lecture tellement j'ai détesté : le style, le personnage .... c'est marrant de voir qu'entre deux lecteurs le ressenti est tellement différent !