Stendhal - Le Rouge et le Noir

Le Rouge et le Noir, roman central de Stendhal, porte un titre qui symbolise la table de jeu. Une fois une couleur amenée il n'est plus temps de revenir en arrière. Mais le jeu comporte une direction ou un dessous des cartes qui est l'énergie. La présence, le degré ou l'absence de l'énergie, voilà ce qui fait une destinée.

Le Rouge et le Noir, c'est le roman de l'énergie, celle d'un jeune homme ardent, exigeant et pauvre dans la société de la Restauration. Il a pour sous-titre : Chronique de 1830, cela signifie la France, toute la France, la Province et Paris. Julien est le délégué à l'énergie provinciale, le délégué du talent à la carrière, des classes pauvres à la conquête du monde.

L'énergie de Julien ne va pas sans une violence de tempérament, une intensité de chauffe qui le conduit à l'échafaud.

Cette peinture, pleine, puissante, normale de l'énergie d'un homme, d'un pays, d'une époque, compose une œuvre immense que son temps ne comprit pas mais dont la vivante influence n'est pas encore épuisée.

 

Mon avis:

 

Enfin, j’ai lu ce classique !! Il y a déjà plusieurs mois qu’il traînait dans ma bibliothèque, mais je ne sentais pas encore venu le moment de le lire.

 

Roman relativement long, je vais faire un bref résumé : Julien Sorel, enfant mal aimé d’un charpentier, voit une nouvelle vie se profiler lorsqu’il devient précepteur de la famille de Rênal ; il prend en charge l’éducation des enfants. Timide, il parvient quand même à séduire la jeune et belle Mme de Rênal. Né entre eux une passion faite essentiellement d’incompréhension. Julien, trop jeune, ne décode pas toujours de la bonne façon le comportement de son amante. Des soupçons, une fuite, il part au séminaire de Besançon pendant plus d’an an. A sa sortie, il est engagé comme secrétaire du Marquis de la Mole. La fille de ce dernier, malgré ses nombreux prétendants, ne tarde pas à être sous le charme du jeune Julien. Ils vont vivre une passion faite de hauts et bas, et plus de bas dès lors que Mathilde annonce sa grossesse. Impensable pour son père que sa fille épouse un homme de rien. A force de persuasion, Mathilde obtiendra de son père l’anoblissement de celui qu’elle appelle "mon mari". Mais une lettre parviendra entre les mains de la belle, une lettre de Mme de Rênal qui décrit Julien comme un profiteur qui séduit les jeunes femmes riches dans le but de s’accaparer leur argent. Fou de rage, Julien entre dans une armurerie, achète deux pistolets et se rend à l’église où il sait trouver la traîtresse : "Il tira sur elle un coup de pistolet et la manqua ; il tira un second coup, elle tomba."

 

Ce qui m’a marqué à la lecture de ce roman, c’est la précision des pensées de Julien Sorel. Nous savons tout, dans le moindre détail. Des pensées qui engendrent des décisions qui ne sont pas toujours les bonnes. Cependant, nous sommes "aptes" à juger ces actions puisqu’en parallèle, nous avons les pensées de ces deux amours : Mme de Rênal et Mathilde de la Mole. Si bien que nous pouvons confronter ce qu’elles ressentent avec l’attitude de Julien et ce qu’il en interprète. Par exemple, il est trop impatient (sa jeunesse, certainement !) et ne comprend pas que Mme de Rênal est sur la réserve et non l’indifférence ou le non-amour.

 

La façon dont Mme de Rênal aime Julien et mise en parallèle avec la façon dont Mathilde aime Julien. Par qui ? Par Julien lui-même ! Nous avons d’un côté une amoureuse passionnée et mature, de l’autre, une amoureuse passionnée et exaltée. Une véritable dissection des sentiments amoureux!

 

A cela, se rajoute le fait que Stendhal place son héros à une époque fragile. Un héros de son époque en somme. Pour se situer : la Révolution de 1789 a eu lieu, celle de 1830 aussi, mais la France est toujours autant divisée : la noblesse contre la bourgeoisie, Paris contre la Province, les différents courants de religion, … Tout ce qui traîne depuis la fin de Louis XVI est mis en évidence dans Le Rouge et le Noir. Stendhal fait de son héros, un jeune homme, le vilain petit canard de sa famille : passionné et doué pour les études intellectuelles, il est doté d’une mémoire prodigieuse et ne pense qu’à devenir un nouveau Napoléon Bonaparte (homme qu’il admire). Il ne s’en rend pas compte, mais cette ambition fait de lui un homme égoïste et hypocrite. Une hiérarchie sociale mise en évidence et critiquée par l’auteur. Un auteur dont le style d’écriture est direct, ce qui peut surprendre. Quoi que pour l’époque, il n’y a pas de quoi ! Des descriptions si précises que l’on visualise parfaitement les lieux, des sentiments décrits en long, en large et en travers, … Le Rouge et le Noir est, selon moi, un roman mêlant habilement l’histoire et le romantique.

 

Le Rouge et le Noir, c’est l’histoire de ce jeune homme mal né qui, d’une ambition dévorante, verra ses rêves s’éteindre. Sans trop en dire, c’est presque une fin à la Roméo et Juliette !

 

Note: 14/20

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Commentaires: 4
  • #1

    Buckette (lundi, 28 mars 2016 14:40)

    (commentaire du 18 mars 2014, 15h34)
    Tiens, moi aussi je l'ai dans ma PAL, il faudrait que je le commence :) Ca me rassure qu'il t'ai plu ! :D

  • #2

    Les Mots de Gwen (lundi, 28 mars 2016 14:41)

    (commentaire du 19 mars 2014, 14h02)
    Un bon roman en effet, un grand classique surtout! Je vais guetter ta chronique :) Bonne lecture!

  • #3

    frederic andreu (lundi, 11 avril 2016 10:30)

    UN HIVER AVEC STENDHAL

    Pendant les longues journée d'hiver, je restais seul, les autres partaient de bonne heure au travail, à Bruxelles, au Luxembourg ou vers la France voisine. Alors, je remplissais ces journées au ciel chagrin, d'abondantes lectures. Entre deux lectures, je jouais avec Francis, le chien de la maisonnée. Parfois la douleur du dos se faisait insistante, parfois le bonheur s'appelait solitude.
    Parmi toutes les lectures, le Rouge et le Noir triompha très vite des autres lectures ; et pour cause : je ne pouvais trouver de portrait de la muse « S » que celui que Stendhal fit de Louise de Rênal ! Louise était S comme si Stendhal en personne aurait tendu un miroir devant.

    Il semble qu'une lecture même distraite du Rouge et du Noir suffit à remplir son espace des personnages du livre. J'entendais Julien et le cher Abbé Chélan marcher dans les couloirs. Stendhal avait camper Julien dont la basse naissance le prédestinait a rester derrière le rideau des élites et des conventions de l'époque avant qu'il ne fut tiré par l'épaule pour y jouer un rôle central. Et quel rôle ! Julien et Madame de Rênal, dont il était le précepteur de ses enfants, tombèrent follement amoureux.
    Quant à dépeindre le caractère de Madame de Rênal, je ne trouve pas de meilleure comparaison que la phrase stendhalienne elle-même. Je souhaite à tout écrivain de parvenir à cette phraséologie, à la fois pénétrante et douce ; enjoleuse sans jamais être précieuse. Telle est exactement Louise et telle est exactement S.

    La seconde femme de Julien n'est que l'ombre de la première ; désoeuvrée, riche, l'enfant gâté de la haute aristocratie joue avec Julien. Et Julien joue avec elle ; ils sont deux parfaits personnages de roman à l'eau de rose. Julien et Mademoiselle de la Môle ne tombent pas amoureux ; ils décident de tomber amoureux. Il faut dire que j'ai vu découvert la seconde partie du roman par l'admirable film de Verhaegue avec la lumineuse Carole Bouquet.

    Les analyses psychologiques de Stendhal relèguent celles de Freud au niveau de technicien rêveur amateur. Un éventail de sentiments s'ouvre à chaque page du livre, qui évacue toute espèce d'hollywoodisme pour nous plonger dans la complexité de l'homme. Un détail lexical qui nous fait dire que nous avons terriblement changé d'époque : Stendhal emploi le terme « transport » qui n'est pas synonyme de poids lourds bruyants et polluants, mais du mouvement même des sentiments !

    Nous sommes transporté par Julien, et grâce à sa position sociale asymétrique, dans les coulisses d'une société cimentée par la morale chrétienne. Julien est trop « différent », nous dit Stendhal (je préfère pour ma part le terme « asymétrique »), il ne peut supporter les convensions hypocrites des grands, ni les bassesses des petits pour se faire une place. Bref, Julien est un idéaliste. Et son idéal, puisé dans la figure de Napoléon qu'il affectionne en secret, le conduira à mains épreuves jusqu'à un procés à l'issue fatale...

    Gageons que le modèle qu'affectionne Adrien, un de mes hôtes, Léon Degrelle - une sorte de Napoleon belge à sa manière - le conduise à de meilleurs augures !

  • #4

    Les Mots de Gwen (mercredi, 20 avril 2016 13:54)

    Très bel avis et un point de vue et une analyse intéressants! Merci pour votre passage ici :-)