Au chevet de son époux mourant, c'est sa propre mémoire que veille Elisabeth d'Aulnières.

Enfouis sous le temps et les songes, les souvenirs de sa jeunesse tumultueuse refont surface : l'histoire, en 1839, de son innocence salie, d'une passion tragique de chair et de sang, d'amour et de mort.

Un secret dissimulé sous l'opaque silence des apparences et de l'honneur. Un amour éperdu enterré vivant sous les neiges québécoises...

 

Mon avis:

 

Un roman dans lequel l’amour et la mort sont intimement liés.

 

En pleine nuit d’angoisse, son second mari étant à l’article de la mort, Elisabeth se remémore sa vie, son passé, ses rêves et ses angoisses. Elle revit essentiellement les évènements dramatiques (ça dépend pour qui) qui ont conduit à la mort son premier mari, Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska. Mais avant d’aborder ce chapitre de sa vie, elle évoque sa rencontre avec lui mais surtout de la façon dont il la frappait ou se montrait violent dans ses propos. Effrayée, Elisabeth va fuir Kamouraska et se réfugier dans la maison de son enfance, à Sorel, auprès de sa mère et de ses trois tantes. Là, elle se fait soigner par le docteur George Nelson qui s’avère être un ancien camarade de classe de son mari. Dans une époque où le divorce n’est pas admis, Elisabeth fait croire à une réconciliation avec son mari alors qu’en réalité, elle développe des sentiments pour le docteur Nelson. Sentiments réciproques. Elisabeth ne supporte plus son mari, elle le hait ; Nelson n’aime pas cet homme qui maltraite cette belle et jeune femme. Ensemble, ils vont établir un plan pour se débarrasser de l’importun…

 

"Notre tendre douceur à conquérir par l’horreur. Nous établirons la justice par le feu et par le sang. Nous serons heureux."

 

Autant s’arrêter là car dès le début, une question survient : pourquoi Elisabeth est-elle mariée à un autre homme que George alors que rapidement nous savons qu’il a tué Antoine ? On pourrait penser que le crime commis, ils auraient pu vivre heureux… ?

 

Quand le thème du challenge mystère est tombé, à savoir lire deux livres d’auteurs québécois, je me suis dit que c’était bien ma veine ! J’ai plus de 300 livres et pas un seul auteur québécois !! Tant pis, j’en ai acheté, mais n’en connaissant que peu de choses, je me suis fiée au résumé de celui-ci : tentateur, il faut le reconnaître ! Une histoire d’amour à la fois passionnée et violente, ça promet un bon roman.

 

Et la promesse est tenue ! Nous sommes d’emblée aspirés dans cette histoire, dès lors qu’Elisabeth remonte le fil de ses souvenirs. Elle commence par le début, un début certes un peu long, mais nécessaire pour cerner les personnages et la haine croissante qu’elle ressent pour son époux. Cependant, j’ai réellement accroché à l’instant où le docteur entre en scène. Tout simplement parce qu’on sait ce qui va se passer, on attend seulement de voir le déroulement de l’affaire. Cet homme se révèle machiavélique, sordide et déterminé. Et si au début il ne veut pas se salir les mains, comme le dit le proverbe "on n’est jamais si bien servi que par soi-même"…

 

Si l’histoire est bonne - et triste -, la narration m’a un peu déroutée. Elisabeth revit des flash-backs, quelques lignes au milieu du présent, qui laisse planer un doute sur l’évènement. D’autant qu’elle revit tout cela en songes, on se demande donc si cela s’est réellement passé. Ses retours à la réalité sont, on le devine, des remparts pour ne pas revivre ce qui s’est passé. Cependant, ses pensées la conduisent à un procès qui l’obligera à revivre ses souvenirs les plus sombres. L’alternance souvenirs/présent nous immerge au cœur des pensées d’Elisabeth, comme si nous étions dans sa tête ; une performance dont Anne Hebert peut être fière car elle nous perd réellement dans les méandres de la vie de son héroïne. Sans nous perdre en route, au contraire, nous sommes avides de connaître la fin.

 

Un très bon roman qui nous plonge dans le Québec du XIXème siècle, avec ses us et coutumes. Pour les petits curieux, les villes citées existent bel et bien puisque l’auteur est partie d’un fait réel pour écrire Kamouraska (elle en a toutefois changé les noms et certains faits) et il est tout à fait possible de voir le long trajet qu’à fait Nelson (entre Sorel et Kamouraska, au Canada).

 

Note: 12/20

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