Elisa Sebbel - La prisonnière de la mer

1809. Les guerres napoléoniennes font rage. Alors qu’ils croyaient être rapatriés en France, 5000 prisonniers se retrouvent captifs sur l’îlot de Cabrera, dans les Baléares. Pour survivre, un maigre filet d’eau douce, des rations insuffisantes, des abris précaires qu’il leur faut bâtir eux-mêmes. 21 femmes les accompagnent, parmi lesquelles Héloïse, vivandière de 18 ans dont le mari a succombé en mer, emportant avec lui l’insouciance et la légèreté de la jeune femme.

Si la guerre avait déjà meurtri les hommes, le désespoir leur fait bientôt perdre la raison. Par chance, Henri, chirurgien de l’armée, se prend d’affection pour Héloïse. Entre privations, épidémies et tempêtes, les morts s’accumulent, l’espoir s’amenuise, et Héloïse ne songe qu’à se libérer enfin de cet enfer – jusqu’à ce nouvel arrivage de prisonniers et de Louis qui fait tout chavirer.

À force de ténacité, la jeune femme parviendra-t-elle à se sauver ? Car si l’amour est une captivité volontaire, la mer l’a déjà faite prisonnière…

 

Mon avis: 

 

Avant tout, je tiens à remercier les Editions Mazarine pour leur confiance. J'ai terminé ce roman il y a quatre mois environ (différentes choses ont fait que j'ai pris pas mal de retard pour la rédaction des chroniques, mais je me rattrape petit à petit), cependant, je l'ai trouvé tellement beau dans sa sincérité que mon ressenti est encore intact. 

 

Les premières pages nous plonge dans l'histoire, nous sommes littéralement jetés dans l'action. De prime abord, je le reconnais, j'avais peur d'être perdue car les guerres napoléonienne sont mystérieuses pour moi. Si je situe à peu près l'époque, je suis bien moins calée sur ces guerres là que sur celles qui ont ravagé les années 1900. Si bien que j'appréhendais le contexte politique. Eh bien, surprise ! le contexte est si bien abordé qu'il se fond dans l'histoire. On ne le remarque pas, on ne se lasse pas d'une phrase explicative puisque l'auteure narre à merveille pour que ce ne soit pas trop scolaire. 

 

Nous découvrons donc le sort réservé à ces prisonniers en même temps qu'eux. Plus de mille hommes, une vingtaine de femmes, une île. Il y a de quoi avoir peur, craindre pour sa vie, être effrayé par l'inconnu. On évolue aux côtés des personnages, mais surtout aux côtés de notre héroïne, Héloïse. Héloïse, c'est une jeune fille d'à peine 18 ans qui vient de perdre son grand amour et qui se retrouve jetée sur cette île, un monde inconnu dont elle ne perçoit pas encore les menaces. Timide, elle va commencer à s'émanciper par choix, par nécessité aussi. Elle va tenter de faire le deuil de son mari tout en côtoyant la mort. Au fil des semaines, elle va se faire des amis et rencontrer un homme parmi les cinq mille présents, un homme qui va lui témoigner de l'affection et dont, elle se dit, qui lui apportera du soutien. Oui mais seulement, des hommes sur cette île, il y en a beaucoup... et Héloïse va en rencontrer un autre qui fera battre son cœur de façon beaucoup plus effréné. Alors entre les déceptions, les désastres climatiques et les maladies, Héloïse va s'accrocher à son nouvel Eden. 

 

Comme je le disais, le contexte historique est coulé dans l’histoire. Nous n'avons de réel topo sur ce qui a amené les hommes en ce lieu, une brève explication, mais pas des pages et des pages des différentes batailles, ce qui m'aurait perdue ! L’histoire est belle car totalement crédible. Si parquer des hommes sur une île est un fait ayant réellement existé, l’histoire d’Héloïse est purement romanesque et c'est pourquoi c'en est touchant. J'ai aimé la simplicité de cette jeune femme qui prend les choses comme elles viennent et qui arrive à surmonter des obstacles devant lesquels j'aurais sûrement baissé les bras. Elle se bat pour survivre et pour vivre. Elle profite des instants fugaces de bonheur. 

 

Découvrir l'univers effrayant de l’île au travers des yeux de notre héroïne fut un peu déstabilisant par moment. En effet, la misère dans laquelle ils vivent tous, les sacrifices auxquels ils doivent consentir, tout cela montre la force mentale des hommes et des femmes qui ont vécu des drames et qui se battent pour vivre. Ils n'ont pas une fois baissé les bras. 

 

Elisa Sebbel, comme je l'ai dit, a habilement mêlé histoire et Histoire. Sa plume est fluide, extrêmement visuelle (les décors, je les voyais devant moi), le rythme dosé comme il faut, des drames ni trop ni trop peu. En écrivant ce roman, l'auteure a souhaité rendre hommage à ces femmes qui se sont retrouvées sur une île telle que celle présentée ici, mais aussi à toutes ces femmes qui ont été mêlées aux différentes guerres, d'une façon ou d'une autre. Elle met en avant l'idée que la femme est l'égale de l'homme dans la privation, dans la souffrance, dans la détermination ou encore dans le sacrifice. 

 

Mon seul bémol concerne les deux hommes qui entourent Héloïse. Tout d’abord, Henri, le médecin avec lequel elle s'engage dans une nouvelle histoire est propre sur lui (vous voyez ce que je veux dire ?!), dévoué, entier, passionné par son métier, en gros, il a tout pour plaire. Ensuite, Louis, l'officier dont elle tombe vraiment amoureuse. Je trouve que sa description est un peu clichée et tombe dans le trop beau pour être vrai. S'ensuit un triangle amoureux inévitable qui aurait peut être nécessité un peu plus de piment, comme un bon règlement de compte entre hommes, mais un vrai ! C'est certainement le seul défaut du livre, malheureusement, il convient de dire que sans ce défaut, la lecture aurait manqué de panache, il nous aurait manqué les sentiments, la passion, la dévotion. Donc bon, un défaut mineur dans un roman de près de 300 pages qui se lit aisément car on est pris dans l’histoire, on veut savoir comment ils vont quitter l'île et surtout, qui Héloïse va choisir ? 

 

Note: 16/20

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Commentaires: 1
  • #1

    A-Little-Bit-Dramatic (samedi, 23 mai 2020 12:43)

    Je n'ai pas lu ce roman mais je l'ai énormément croisé sur Instagram. Je crois que je n'avais pas percuté que c'était un roman historique avant de lire ta chronique. Du coup, je le vois autrement. Déjà, je trouvais la couverture magnifique et je me disais qu'il fallait que je me renseigne mais après avoir lu ton billet, je suis totalement convaincue. Ce roman a l'air vraiment très beau et le résumé pique ma curiosité. Je note.